PARLONS FRANCO…PHONIE avec Rodrigue Sacramento

Dernière mise à jour : 10 févr.


Pasteur de l’église CLE à Montpellier


RNC : Bonjour Rodrigue, vous êtes pasteur à Montpellier, mais commençons par le commencement, vos parents étaient béninois et vous êtes né à Brazzaville au Congo. Vous avez dix ans quand ils vous envoient en France pour faire vos études. Vous êtes encore un enfant, à cette époque vous comprenez cette séparation, la nécessité d’étudier et peut être l’ambition de votre père?

Bonjour et merci pour l’opportunité de parler franco…

Non, à cette époque je ne comprenais ni la séparation ni la nécessité d’étudier encore moins l’ambition de mon père. Assez vite je suis devenu un délinquant, je ne travaillais pas au collège et je préférais fréquenter les petits voyous du quartier du Mirail à Toulouse. Il faut dire que mes parents avaient confié mon éducation à mes aînés, majeurs et étudiants à l’université.


RNC : A 14 ans vous découvrez la grâce de Dieu et son amour, puis à 16 ans vous recevez un appel pour le servir. Vous étiez un adolescent précoce? Que s’est il donc passé?

Mon père qui nous visitait chaque année était diabétique. Comme son diabète ne se stabilisait pas, les médecins lui ont proposé de passer à l’insuline et pendant une période de réflexion, il a rencontré des Chrétiens qui lui ont suggéré la prière. Guéri, il s’est converti radicalement.

Constatant que je filais du mauvais coton, mes parents m’ont incité à participer à un camp de jeunes organisé par l’église pentecôtiste qu’ils fréquentaient. Les activités récréatives telles que la spéléo, le canoë et le cheval m’avaient convaincu et c’est dans ce camp que j’ai découvert la grâce de Dieu. Ma conversion était totale et entière, je dévorais la bible et pendant que je lisait « Jérémie » Dieu m’a appelé à le servir. Je l’ai gardé secret jusqu’à ce que je rencontre Philippe Joret qui a discerné cet appel.


RNC : Après vos études dans le commerce, vous deviez rentrer au pays parce que vos parents avaient « arrangé » votre mariage et finalement vos yeux se posent sur une petite française, vous êtes un rebelle?

Les mariages « arrangés » entre familles béninoises immigrées en Afrique centrale étaient monnaie courante, d’autant plus si elles venaient de la même ville. Au départ, j’ai fait confiance au choix de mes parents jusqu’à l’université. Entre temps j’ai développé une amitié avec Marylène que j’ai rencontrée dans les fameux camps de jeunes. Cette amitié était tellement bénissante que je me suis demandé si la femme du « mariage arrangé » pouvait devenir une amie… J’ai commencé alors une étude biblique sur les mariages mixtes et j’ai découvert dans le cantique des cantiques qu’une noire préparait un mariage avec un blanc…


RNC : Après une formation au Centre Missionnaire de Montauban, vous développez une entreprise d’import export avec des pays africains, vous faites aussi des déplacements au Gabon, au Nigéria et au Cameroun avec le groupe « Flamme » et pour « Coef 5 ». C’est l’appel du ministère ou celui de vos racines?

Tout ce qui me rapprochait de l’Afrique m’attirait, alors oui j’ai saisi toutes les opportunités d’affaires. Ma connexion avec Philippe Joret, président de Coef 5, m’avait aussi permis de le représenter à une conférence régionale au Gabon en 1997. J’y suis retourné avec « Flamme » que j’ai rejoint en 1992 car ce groupe avait un cœur pour les nations francophones en particulier. Je dirais simplement que le ministère et mes racines m’appelaient vers l’Afrique.


RNC : Au moment où vous pensez vous installer au Bénin en 2006, Philippe Joret vous propose de prendre la responsabilité de l’église Clé. Vôtre relation avec l’Afrique va se concentrer sur l’aide que vous apportez à un orphelinat béninois. Pourquoi un tel bouleversement?

Après ma formation au Centre Missionnaire, j’ai participé à l’implantation de l’église CLÉ en 1996 avec Philippe Joret qui, rapidement, a vu en moi son successeur. Même si la « France black blanc beur » avait gagné la coupe du monde en 1998, je ne me voyais pas conduire une telle église. Après 10 ans d’investissements dans quasiment tous les départements de l’église, j'entendais de nouveau l’appel de Dieu résonner en moi. Nous nous préparions avec Marylène et les enfants à nous installer au Bénin et c’est alors que mon mentor m’a proposé de lui succéder à la direction de l’église CLÉ. Convaincu que ce n’était pas la volonté de Dieu j’ai accepté malgré tout de jeûner et prier pour cela. A mon grand étonnement j’ai compris que Son appel concernait le pastorat là où il m’avait placé.


RNC : Quelle est votre conception de la solidarité et de l’aide que l’on peut apporter aux pays pauvres?

En collaboration avec une église à Cotonou, j’ai eu à cœur de mettre en œuvre un orphelinat. Cette initiative, je l’avoue, a été menée avec le « complexe du sauveur blanc ». Après plusieurs années de partenariat, d’évangélisation auprès des enfants des rues et d’études sur place, nous avons accueilli pendant plusieurs années des orphelins en subventionnant toutes les opérations à partir de la France. Nous avons fait le constat qu’une aide de ce genre n’est pas aussi productive qu’on se l’imagine. Il nous a donc fallu faire une pause pour envisager que ce soit des projets de développement locaux qui financent les opérations.


RNC : Pour finir comment voyez-vous l’avenir de la francophonie?

L’Afrique a un potentiel de développement extraordinaire non seulement sur le plan spirituel et économique mais aussi social.

Certains pays africains sont en mesure aujourd’hui d’envoyer des missionnaires en Europe mais aussi de mobiliser leurs ressources locales pour répondre aux défis de solidarité dans leur communauté.

La contribution de la France et d’autres pays francophones serait de mettre d’avantage à disposition un savoir faire en faveur du développement local.

Cette approche permet d’envisager un développement harmonieux entre les pays qui ont le même héritage.