PARLONS FRANCO…PHONIE avec Nicolas Guiet

Dernière mise à jour : 8 déc. 2021



Pasteur – Enseignant et responsable de l’Université d’Eté de RNC


RNC: Bonjour Nicolas, "Parlons franco…phonie" est très heureux de finir 2021 avec vous. Comment avez vous vécu cette pandémie, qui elle, n’en finit pas ?

Ce n'était pas une bonne période pour nous. Nous avons été très malades et la pandémie a également affecté notre vie familiale car nous n'avons toujours pas pu revoir notre fils, son épouse et notre petit fils qui vivent en Chine. Mais concernant l'église, les choses ont quand-même bien fonctionné malgré tout. La rediffusion des cultes par vidéo a beaucoup élargi notre champ d'influence ; plusieurs activités ont été initiées sur le plan du Royaume de Dieu et de l'évangélisation, ce qui est très positif et encourageant.


RNC: Vous êtes né en 1963, quelle jeunesse avez vous eu ?

J'ai eu une enfance heureuse en Normandie dans une famille catholique pratiquante, jusque dans les années 70. Puis mes parents se sont beaucoup engagés socialement et politiquement. J'ai donc vécu ma jeunesse dans le contexte post 68 avec tout le style de vie de ces années là pour le jeune musicien que j'étais. Lycéen au Havre, j'ai passé un bac Philo/arts plastiques (A7) et ensuite avec Nathalie nous sommes partis vivre à Paris désirant une vie d'artistes hors des chemins conformistes.


RNC: Vous avez tout juste la vingtaine (15 ans en fait!) quand vous rencontrez Nathalie (qui deviendra votre épouse), vous vivez une expérience avec Dieu puis vous entrez dans le ministère à plein temps, tout cela très jeune ! On vous imagine un homme pressé ou c’était l’époque ?

Ce n'était ni l'époque ni ma personnalité, je pense, mais plutôt l'intensité de notre conversion radicale qui nous a propulsés dans une vie entièrement consacrée au Seigneur. Les circonstances ont bien sûr favorisé cet engagement. Nous avons découvert la foi au-travers du témoignage d'un ami de mon frère, musicien excentrique, mais enfant d'une famille chrétienne. Lorsqu'il m'a parlé de Jésus, j'ai tout de suite accroché. Il m'a donné un Nouveau Testament que j'ai dévoré et j'ai vécu ma première expérience avec Jésus seul au parc des Buttes Chaumont à Paris en mai 1983. La présence du Seigneur m'a littéralement submergé et mes yeux se sont ouverts ! L'appel au ministère est ensuite arrivé très vite lorsque nous nous sommes engagés dans une implantation d'église au cœur de la capitale avec un café-bar d'évangélisation pour toucher les jeunes de la rue. D'abord assistant pasteur du missionnaire pionnier, je suis devenu pasteur à 25 ans. Ces 11 années de ministère à Paris ont été d'une intensité hors du commun et ont marqué notre vie à jamais.


RNC: Après cette longue période d'engagement intensif, vous partez à Vancouver au Canada pour faire une formation biblique plus tard vous devenez responsable de l’Université d’Eté de RNC avec Nathalie, pourquoi une telle implication ?

Le départ à Vancouver en 1996 a été pour nous une planche de salut car la suractivité nous amenait droit dans le mur, il a fallut une coupure nette pour faire le point et apprendre de nos erreurs. Ce fut une année sabbatique à la fois riche, car nous avons découvert le Canada et appris de belles choses dans l'école biblique « Christ for the Nations », mais également difficile pour moi, car je suis passé par un temps de mort et de dépression durant lequel j'ai dû m'accrocher à Jésus qui était mon seul espoir.

L'implication dans l'Université d'été (qui n’a rien à voir avec ce qui précède) que nous avons initiée Nathalie et moi en 2008 est liée à une prise de conscience du besoin de formation que rencontrait la génération montante des jeunes ministères de la CEEF puis du RNC. Il y avait une urgence de leur apporter un socle commun de connaissances bibliques, de vision et de relations mais aussi de leur ouvrir un chemin de reconnaissance pour l'établissement de leur ministère.


RNC: Vous rejoignez L’équipe Néhémie en 1996 et vous faites votre premier voyage missionnaire au Cameroun ! Quels souvenirs en avez vous ?

J'ai fait mon premier voyage missionnaire en 1988 alors que j'avais 25 ans. Avec mon proche collaborateur Dominique, nous avions répondu à une lettre d'invitation d'un pasteur du Cameroun que nous ne connaissions pas et qui était adressée au missionnaire fondateur de notre église. Ce fut une aventure cocasse et inoubliable ! Pour faire court, en 1988 il n'y avait pas les moyens de communication actuels ! Sans presque aucun contact au préalable, nous avons été reçus à l'aéroport par un comité d'accueil qui s'attendait à recevoir deux pasteurs bedonnants, dans la cinquantaine et en costume cravate ! Quelles têtes n'ont-ils pas faites lorsque deux jeunes gens, la vingtaine et en chemises bariolées, se sont présentés à eux ! Ils ne croyaient pas que c'était nous qu'ils avaient invités ! Ce fut une grande déception pour eux. Ce n'est qu'après notre prédication qu'ils furent rassurés, nous étions bien des « serviteurs de Dieu »… et alors, ils nous ont enfin souri et accueilli chaleureusement ! Ce fut un voyage inoubliable où nous avons vu la gloire de Dieu se manifester jusqu'au fin fond de la brousse !


RNC: Le deuxième voyage se fait en Côte d’Ivoire avec André Debenest et ensuite il y aura d’autres déplacements au Cameroun, au Sénégal, au Burundi… quelle était votre motivation et qu’est ce qui vous a le plus marqué ?

Si mes souvenirs sont bons je suis allé 4 fois en Côte d'Ivoire, 3 fois au Cameroun, 5 fois au Burundi et une fois au Sénégal pour des voyages missionnaires. Il y a, je pense, trois raisons principales qui ont motivé ces voyages. La première est d'abord de répondre à la soif d'enseignement et de formation des églises et des pasteurs sur place. De part mon ministère j'ai été sollicité maintes fois pour enseigner dans des écoles bibliques en Côte d'Ivoire. J’ai fait aussi des formations pour des jeunes pasteurs ou pour des écoles prophétiques avec le ministère Samuel au Burundi et aussi dans l'école de JEM au Sénégal. La deuxième motivation est d'ordre humanitaire car j'ai eu de très belles opportunités pour apporter mon humble contribution au travail social. Notamment nous sommes partis plusieurs fois en équipe pour visiter les prisons d'Abidjan et ce genre d'expérience peut bouleverser votre vie ! Une autre fois c'était pour soutenir la mission envers les enfants mendiants de Dakar (Talibés), là encore on en ressort différent. Mais la troisième motivation est profondément relationnelle, car les relations affectives tissées avec mes amis africains suffisaient à me motiver pour retourner les voir chaque année. Mon but était de les encourager, les aimer mais aussi recevoir d'eux tellement de bénédictions en retour ! Je peux dire qu'à cette époque là je suis tombé amoureux de l'Afrique… Et j'ai hâte de pouvoir y retourner.


RNC: Aujourd’hui vous êtes membre de la commission « RNC dans la Francophonie ». Les temps ont changé depuis votre premier voyage, comment voyez vous l’avenir de RNC dans le monde francophone ?

C'est vrai, les temps ont beaucoup changé, le monde est plus dangereux, les situations géopolitiques plus tendues que jamais, et la pandémie n'arrange rien. Mais Dieu, lui, ne change pas ! L'engagement missionnaire doit bien sûr s'adapter aux circonstances mais surtout il doit s'aligner sur ce que Dieu fait. Aujourd'hui, il y a souvent plus de chrétiens et d'églises dans les autres pays francophones qu'en France qui est aussi une terre de mission et non la moindre. Je pense que la dynamique missionnaire actuelle est surtout une dynamique de partenariat et de réciprocité. Il faut tisser des relations de fidélité et d'engagement à long terme pour s'enrichir mutuellement dans la vision du Royaume de Dieu. Beaucoup de liens existent déjà avec nos amis du continent africains mais aussi du Canada, de la Suisse et d'ailleurs, sans oublier Israël. Alors, relançons les invitations et les déplacements pour travailler à la mise en place d'un réseau de collaborations et d'amitiés fraternelles dans la francophonie. Mais cette collaboration ne doit plus mettre en avant nos ministères, nos dons, ni mêmes nos œuvres et nos églises. Ce qui importe au cœur de Dieu aujourd'hui ce sont les personnes elles-mêmes. Il veut nous tisser ensemble par des cordages d'amour entre les cultures et les nations et manifester ainsi la beauté de son Corps. Par la réconciliation et l'unité nous témoignerons au monde qu'il est vivant et proche, à la porte des nations ! Maranatha !


Merci Nicolas pour ce partage !