PARLONS FRANCO…PHONIE avec Luc Bussière

Mis à jour : févr. 18

Pasteur et Président de l’Association des Etablissements Scolaires Protestants Evangéliques Francophones (AESPEF) et de sa branche française, le Réseau Mathurin Cordier.


R.N.C. : Nous vivons des temps difficiles et très troublés, comment le vivez vous à titre personnel ?

Ces temps ont été une saison de dépouillement, de retour à l’essentiel et de « lâcher prise ». Quelques conséquences de cette période à relever : affermir la foi dans un contexte où la crainte envahit tout ; prendre au sérieux la nécessité de la préparation spirituelle personnelle et collective pour affronter l’adversité et relever les nouveaux défis ; développer l’écoute pour cibler davantage les œuvres préparées d’avance que Dieu a pour moi.


R.N.C. : Vous êtes pasteur et aussi très investi dans les écoles chrétiennes depuis les années 1980, pourquoi un tel engagement ?

Cet engagement est motivé par la conviction que Dieu veut lever une génération solide pour des temps comme ceux que nous vivons, une génération qui non seulement connaisse Dieu et sa Parole, mais sache qui elle est, d’où elle vient, et ce à quoi elle est appelée, une génération équipée de cette sagesse qui vient d’en haut, afin qu’elle puisse apporter des réponses pertinentes aux problèmes et défis que rencontre le monde aujourd’hui. L’Eglise a besoin de l’école chrétienne pour accomplir pleinement son mandat de faire des disciples. Cela explique cette double mission que j’ai toujours assumée : celle de pasteur et d’enseignant.


R.N.C. : Votre parcours est inouï et impressionnant, d’abord un collège, puis un lycée, ensuite des dizaines d’écoles chrétiennes en France et maintenant dans 30 nations (particulièrement dans la francophonie) quel est votre regard sur cette aventure ?

Cette aventure qui a pris toute ma vie, et qui est loin d’être finie, s’est nourrie de la conscience de cette nuée de témoins, dans le champ de l’éducation chrétienne en France, et de cette vision initiale, reçue dans un temps de prière en 1988, de milliers d’écoles chrétiennes qui se répandent en France, en francophonie du nord, en Espagne, en Afrique nord et au-delà, telle une vague que rien ne peut arrêter. Je partage pleinement cette vision et cette passion avec mon épouse Manuela, mais aussi avec tous ceux qui se sont laissés touchés par cet appel de Dieu et qui se sont mis au travail ; ce n’est donc pas une aventure personnelle, mais une aventure collective.

R.N.C. : Que répondez-vous à ceux qui disent aujourd’hui que les écoles chrétiennes françaises en Afrique étaient et sont encore les meilleurs défenseurs de l’idéologie coloniale ?

Il faut reconnaître que souvent les écoles chrétiennes en Afrique ont véhiculé une vision du monde teintée d’idéologies et philosophies diverses, souvent éloignées des principes évangéliques. Cela ne doit cependant pas occulter l’immense bonne volonté qui a motivé ces œuvres, au service du prochain. Bien des missionnaires-enseignants ont marqué les vies des élèves de façon indélébile et contribué à l’avancement de l’Evangile comme peu d’autres œuvres chrétiennes l’on fait.


R.N.C. : Vous avez écrit que l’école est un champ de bataille entre des visions du monde incompatibles, pourquoi ?

L’école n’est pas neutre, elle ne peut pas l’être. Toute éducation, toute pédagogie, toute transmission se nourrissent d’une certaine vision du monde, de l’homme et de Dieu, vision qui suit les flux et les reflux des courants philosophiques et religieux. Affirmer qu’il n’y a pas de création ni de créateur n’est pas neutre. Affirmer que les choses visibles ne reflètent pas les invisibles ou que le domaine de la foi n’a rien à voir avec les autres domaines ne l’est pas non plus. Toute vision du monde qui n’oriente pas le cœur et la pensée à aimer Dieu et son prochain, qui ne reconnaît pas Dieu dans ses ouvrages, est incompatible avec une vision biblique du monde et ne contribue pas à former l’homme à rentrer dans sa vocation de « sacrificateur, prêtre et roi ».


R.N.C. : La loi « confortant les principes républicains » touche aussi l’enseignement, quelle est votre analyse ?

Ce projet de loi est liberticide. Il appauvrit le choix des parents d’offrir une éducation à leurs enfants qui soit le reflet de leurs convictions philosophiques ou religieuses, en rendant quasiment impossible l’instruction en famille, en durcissant les exigences et contrôles des établissements scolaires hors contrat ; il ouvre la voie à une éducation qui risque d’être le véhicule d’une pensée unique, celle de l’Etat, au lieu de favoriser le pluralisme et la diversité, pourtant sources de richesses et de saine émulation. Se voulant être un outil de lutte contre les séparatismes, ce projet risque d’alimenter une uniformité appauvrissante, qui va, paradoxalement, faire œuvre de séparation entre l’éducation nationale d’une part et toutes les initiatives privées d’autre part oubliant délibérément que les terroristes français ont tous été formés… à l’école publique.


R.N.C. : Quels sont vos projets et vos défis concernant la francophonie pour l’année 2021 ?

Les défis à relever dans le domaine de l’éducation chrétienne pour la francophonie sont le combat pour la liberté d’éducation dans les nations francophones, la sensibilisation du Corps de Christ à l’importance de la formation et de l’éducation, en encourageant la création de structures de crèches, écoles, collèges, lycées, l’accompagnement des projets d’implantation, la formation initiale et continue du personnel enseignant mais aussi administratif, la mise en commun des ressources humaines et matérielles, le renforcement des réseaux nationaux d’écoles chrétiennes avec l’établissement de nouveaux réseaux là où il n’y en a pas, la création de matériel pédagogique et la mise à disposition des ressources. Défis de taille, à la mesure de la grandeur du Roi que nous servons et de la vision de son Royaume à établir.